C 5. Lapins à l'œuvre

Avec tous les plans du spectacle qui tournent dans leur tête, les lapins passent vraiment une mauvaise nuit. Chacun s’inquiète de ne pas se montrer à la hauteur dans l’exécution de son acrobatie, ou dans la construction des armatures de son costume, ou du paravent.

Dès l’aube, Pastille et Caramel, anxieux de faire avancer leur projet, poussent sans ménagement la fratrie à se lever. Les petites taloches qu’ils distribuent à gauche et à droite sont éloquentes :

«Allez ouste! Personne ne dort de toute manière, aussi bien se mettre à l’œuvre. Pas question de cure de beauté aujourd’hui ou de paresse au terrier.»

Les lapins sortent chacun leur tour en traînant les pattes. Tant bien que mal, ils tentent de se réveiller en s’étirant, en agitant les oreilles et en tournant en rond.

Poussivement, chaque équipe se rassemble et grappille dans son coin en discutant le plan d’action de la journée.

Les paradeuses se promettent de suivre fidèlement les instructions de Nougat et de s’entraider d’une patte par ci et d’une patte par là à lier les branches des cadres.

Du côté des planchistes, on examine avec anxiété l’état de la pente. Ouf! c’est solide, l’eau s’est bien écoulée durant la nuit.

Sans perdre de temps, Cashew empoigne la planche à roulette et la monte sur la butte. Chacun compte sur les critiques de ses coéquipiers afin d’améliorer sa performance.

Pendant ce temps Guimauve, dans son coin, prépare le treillis – une branche par-dessus, une branche par-dessous, un nœud – une branche par-dessus, un branche par-dessous, un nœud…

Elle s’applique à bien intercaler les brins tout en écoutant le bruissement des insectes et le chant des oiseaux. Elle pense aux geais bleus dont Jujube veut se servir. C’est vrai que leur cri est crispant, mais celui des autres oiseaux est plutôt agréable.

Et là, et là, cette lapine normale s’étonne d’avoir une idée vraiment hors de l’ordinaire.

OUI! Demain, elle aussi surprendra au spectacle.

Tresse-tresse, le travail commence à être monotone. Guimauve regarde autour. Elle observe les paradeurs et les planchistes.

Nougat travaille seul, absorbé par la fabrication de son costume. S’il continue à ce rythme, il va le finir aujourd’hui.

Heureusement, cela lui permettra demain de consacrer du temps aux parures de Pastille et de Praline, car c’est sûr, ces dernières seront très énervées à quelques heures de l’Événement.

Pour le moment cependant tout semble bien aller. Cannelle tient un cerceau entre ses dents et deux branches croisées avec ses pattes alors que les deux autres lapines attachent des liens. C’est assez comique à voir.

Du côté des planchistes, on se démène sérieusement. Ils sont déjà tous sales et le poil hirsute.

Hum! Réglisse a l’air d’avoir mal à l’épaule. Oh! Caramel a manqué sa double culbute. Espérons qu’ils arriveront à exécuter leur programme sans trop de mal.

Tresse-tresse le treillis, Guimauve se distrait en pensant à la distribution des spectateurs de part et d’autre de la pente.

Tout dépendra du vent. Les moufettes doivent absolument être placées contre le vent.

Ensuite, mettre les petits animaux devant, les plus gros derrière; chaque espèce ensemble, en section avec des passages entre chacune afin d’éviter les chicanes. On le sait, les écureuils n’aiment pas les suisses et les siffleux aiment bien agacer les couleuvres.

Tresse-tresse, réfléchit-réfléchit. Il faudra finaliser avec Jujube. Il a peut-être tout prévu.

Oh! Voilà Nougat qui s’étire. Il va voir comment avancent les cadres des lapines. Après quelques échanges, il fait signe à Jujube de les rejoindre. Ah!!??

Curieux, les planchistes et Guimauve les entourent. Cela a l’air important.

Nougat explique :

«Nous aurions besoin d’un petit moment afin de nous exercer nous aussi sur la pente.»

Comme d’habitude, les planchistes se hérissent :

«Nous avons besoin de TOUT le temps de pratique pour arriver à bien faire nos acrobaties au moment du spectacle.»

Pastille réplique :

«Oui, mais vous allez manger aujourd’hui, non? Et vous reposer un peu, non? Vous avez l’air à bout d’énergie. Nous prendrons ce temps même s’il n’est pas long. Vous ne serez pas dérangés.»

Vu de cette manière les planchistes ne peuvent que dire oui. Crâneur Cashew lance en s’éloignant :

«Faites ce que vous voulez, nous serons les meilleurs. Gnan – Gnan – Gnan.»

Sans attendre, les paradeurs se rassemblent près du talus.

Nougat, toujours plein d’idées, propose à ses coéquipières de leur montrer comment il voit le déroulement de leur présentation.

«Oui, oui vas-y, signalent les lapines, ce sera toujours un début.»

Nougat s’avance donc lentement vers la pente en faisant mine de sortir de derrière le paravent en treillis.

Il monte graduellement l’inclinaison en tournant un peu vers la gauche puis un peu vers la droite jusqu’en haut et là, arrivé sur la plateforme, il tourne deux fois en écartant les bras afin de bien faire voir ce qu’il portera.

Il recule ensuite, pivote rapidement vers l’arrière et disparaît dans un bond.

Pastille ne trouve pas l’idée du saut bien bonne mais ce n’est pas le temps de discuter.

Vite Cannelle enchaîne. Elle s’essaie à gauche, à droite etc. Les tours de pattes ne sont pas son fort mais elle s’y applique…

Au tour de Praline maintenant. Malgré son air mignon, elle aussi a de la difficulté lors de la montée.

Pastille à les regarder devient de plus en plus nerveuse. Il faut que son projet de parade soit un succès!! Les planchistes ne doivent pas être les meilleurs!!

Dernière à gravir la pente, elle s’efforce de faire mieux que ses prédécesseurs. Hum, vraiment pas facile. Pire, elle s’enfarge!

Oh la la, l’équipe va avoir besoin de plus d’une pause-grappille des planchistes pour arriver à exécuter leur parade de manière gracieuse. Dure négociation à prévoir avec ces derniers.     

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DANGER-DANGER