Pendant que paradeurs et planchistes planifient leur spectacle, Guimauve s’installe au centre du camping-terrier et observe les débats dans les deux équipes. Peut-être captera-t-elle des anecdotes qui l’aideront dans le rôle de commentatrice qu’elle s’est donné.
Déjà, c’est clair, chacun des groupes veut être la partie du spectacle la plus appréciée des ‘invités’.
Les gesticulations des planchistes sont faciles à suivre malgré la poussière qu’elles soulèvent dans l’étroit terrier. Caramel semble prêt à prendre de sérieux risques. Il bombe le torse et relève le nez. Les gestes de prudence de Jujube et de Réglisse paraissent l’entêter dans sa décision plutôt que de le tempérer.
Hum! Il y a là matière à anecdote.
L’activité du côté des paradeurs est plus difficile à décoder. Les lapines s’agitent bien un peu mais elles ont surtout l’air excitées. Ah! Parfait : Pastille et Praline l’invitent à se joindre à elles. Ces dernières lui montrent les griffitis et tentent de lui expliquer les créations de la griffe de Nougat. Après plusieurs hochements d’oreilles interrogatifs, elle parvient à comprendre assez bien à travers leurs babillages.
Oui, vraiment, les ambitions des planchistes et des paradeurs vont donner un spectacle jamais vu de mémoire d’animaux.
Les commentaires qu’elle doit faire ne l’inquiètent plus. Mais, nouveau sujet de frustration, elle ne peut quand même pas juste se planter là, au milieu des présentations. Elle prendrait trop de place et gâcherait l’effet des costumes et des acrobaties.
Elle s’approche donc de Nougat afin d’avoir son opinion. Ce dernier la regarde, étonné, puis soudainement ses oreilles se redressent. Bon signe pense Guimauve. Il vient d’avoir une idée mais hum…pas tout à fait…une de ses pattes s’agite.
Nougat finit par dire :
“Tu as raison, il manque quelque chose autour du monticule. Moi aussi ça me dérange. On aurait besoin d’un cadre pour attirer l’attention. Il faudrait aussi un quelque chose qui cacherait les paradeurs avant leur présentation, autrement il n’y aura pas de surprise.”
Il regarde ses griffitis, lève la tête, baisse la tête, remue les oreilles. Réflexion intense. Les paradeuses et Guimauve cherchent elles aussi une solution.
Se dissimuler derrière la pente – pas suffisant. Empiler des broussailles pour barrer la vue – ça fait désordre. Déplacer une grosse roche sur laquelle Guimauve pourrait se hausser par rapport aux invités – hum, peut-être.
D’une idée à l’autre, ils en viennent à s’inspirer des plaques que Nougat utilise dans son costume. En les faisant plus grosses et en les fixant debout cela empêchera de voir les costumes avant la parade. Avec l’idée de la roche, placée devant, on aura le cadre souhaité.
Oui! tous sont d’accord. Voilà la solution!
Satisfaite, Guimauve s’engage à construire elle-même les treillis en question pendant que les deux équipes travaillent à leur projet.
Mais couic fait Cannelle :
“N’allons pas trop vite. En faisant obstruction, cela pourrait aider les prédateurs à s’avancer.”
Poil de carotte ont l’air de se dire les autres lapins. Que c’est compliqué organiser un Événement.
À court d’idées, ces derniers se tournent finalement vers Jujube afin d’avoir son avis.
Au début, celui-ci ne comprend pas trop. Nougat s’impatiente :
“Si les paradeurs sont à la vue de tous avant de monter sur la passerelle, il n’y aura plus rien à montrer.”
Jujube, à moitié convaincu, se met tout de même à réfléchir. Il interroge :
“Le panneau que vous décrivez se tiendra-t-il debout assez solidement?”
Au tour de Nougat de réfléchir.
“Hum! oui! Répond-il. En structurant le panneau en un genre de vague cela va bien tenir. Je montrerai à Guimauve la manière de s’y prendre.”
Rassuré, Jujube propose une solution étonnante :
“Perchons sur le treillis les geais bleus attirés par notre invitation. Ils sont si curieux et ont une voix si criarde que nous sommes sûrs d’être alertés à temps.”

Et comme pour signaler leur accord, la pluie cesse et le soleil perce à travers les nuages.
D’un coup toutes les discussions arrêtent. Vite, vite, en un rien de temps, paradeurs et planchistes se précipitent dehors grappiller. Les lapins ont une grosse faim. Les réserves amassées avant la pluie n’étaient vraiment pas assez copieuses.

Une fois repus et enfin à l’extérieur, chaque équipe – fébrile – s’active à faire avancer son projet.
Nougat presse ses coéquipières paradeuses de l’aider à couper les branches qui serviront à façonner l’armature des costumes. Il n’y a pas de temps à perdre si on veut mettre les tiges à tremper dans le ruisseau avant la nuit. Cela les gardera humides et, comme il l’a déjà expliqué, elles se plieront plus facilement.
Guimauve le talonne tout en ramassant elle aussi des branches pour son projet:
“Il faut me montrer comment construire le treillis. Demain tu n’auras pas de temps pour moi, tu seras très occupé aux costumes.”
Entendu signale-t-il :
“Je te ferai un exemple dès que l’histoire des branches est organisée.”
Pas trop longtemps après Nougat la rejoint, confiant dans les progrès de Cannelle, de Pastille et de Praline dans la préparation des tiges d’armature.
Avec quelques brindilles, il montre à Guimauve la méthode à suivre. Il bâtit un genre de modèle réduit en détaillant chacune des étapes.
Guimauve suit attentivement ses gestes. Elle s’essaie à lier des bouts d’osier. Ce n’est pas simple mais oui, elle devrait pouvoir se débrouiller toute seule le lendemain.
Pendant ce temps, de leur côté, les planchistes se dirigent vers le talus afin de revoir sur les lieux leur plan d’acrobaties et là!!! Malheur! Déception! Sureau de sureau! Impossible de monter sur la pente, elle est trop détrempée par la pluie.
Chamboulés, Jujube, Réglisse, Caramel et Cashew doivent se résigner à détailler en esprit leur pirouette respective: un bon élan, un saut, la vrille ou la culbute avant de terminer par un atterrissage parfait.
Vu comme ça, devant la butte, les lapins réalisent que les plans esquissés dans l’après-midi sont trrrès ambitieux.
Aucun ne l’admettra aujourd’hui mais ils se sont donnés une grosse commande. Il va falloir pratiquer beaucoup pour parvenir à exécuter leurs acrobaties.
Vraiment, donner un bon spectacle c’est exigeant.
Alors que la lune se lève, un à un, paradeurs et planchistes regagnent le terrier. Avec la tête pleine des tâches du lendemain, leur sommeil sera agité, c’est sûr.
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LAPINS À L’OEUVRE