Ah! Grogner un peu ça fait du bien. Jujube et Nougat se sentent presque moins fatigués lorsqu’ils arrivent au chantier des treillis après la stressante négociation avec le castor.
La fratrie au grand complet est là à commenter la visite de ce dernier. Même Caramel et Cashew se sont joints à eux, sentant qu’ils ont manqué quelque chose d’important pendant leur pratique d’acrobaties.
Tous les lapins veulent savoir ce qui s’est passé au bord de la rivière avec le castor. Réglisse et Guimauve leur en ont raconté une large partie, mais l’implication de ce voisin est tellement EXTRAORDINAIRE!!! Ils veulent connaître l’histoire dans ses moindres détails.
«Bon! Bon! tempère Jujube. Mangeons d’abord. Les émotions ça creuse l’appétit, et regardez Nougat, il est épuisé.»
Manger d’abord! Caramel et Cashew ne peuvent laisser passer une histoire avant leur estomac. Malgré leur curiosité, en un rien de temps, ils détalent vers leur talle de préférence.
Pastille, elle, pousse prestement Nougat près du meilleur cresson, fière que la vedette soit un paradeur. (Mais admettons aussi, afin d’avoir un coéquipier reposé et prêt à compléter l’armature de leurs costumes au-jour-d’hui… )
L’affaire ainsi décidée, le reste de la fratrie se disperse au plus près et s’occupe à grappiller rapidement. Pas question de chipoter, l’histoire à venir est trop intrigante.
Sitôt leur faim calmée, les lapins s’installent confortablement autour de Jujube, de Guimauve et de Nougat, prêts à entendre le récit de L’INCROYABLE aventure du lapin et du castor.

- NDLR cliquez ici pour reconnaître chaque lapin dans l’illustration
Jujube en bon conteur commence en décrivant la conversation qu’il a eue avec Guimauve et Réglisse pendant qu’ensemble ils tressaient les treillis. D’un mouvement d’oreilles, il amène ces dernières à partager leurs échanges. Il souligne le besoin d’un perchoir solide pour les corbeaux qui annonceront de leurs couacs les acrobaties.
Il pointe Pastille en rappelant son premier contact avec le castor alors que celui-ci s’esquivait avec un morceau de costume en treillis.
D’un geste d’épaule par ci, d’une griffe dressée par là, il relate l’aventure pas à pas, interrogeant Nougat :
«Mais comment as-tu bien pu avoir l’idée de faire des petits modèles de treillis pour attirer l’attention du constructeur de barrage!»
«Ce n’est vraiment pas compliqué, qu’il répond, c’est connu, une image vaut mille couics pour se comprendre.»
La fratrie s’exclame:. ‘
«Non! Non! C’est quelque chose cette idée.»
«.’Il fallait y penser!»
«Notre Nougat n’est vraiment pas ordinaire!»
Une fois le brouhaha calmé, Jujube reprend le récit.
À nouveau, on s’ébahit que les mimiques de Nougat et de Guimauve aient fait comprendre au castor qu’il pourrait obtenir tous les treillis tissés par les lapins en échange de bon bois à perchoir et de BOUM-BOUM avec sa queue sur le baril pendant le Spectacle.
«Vraiment incroyable. Quelle matinée! Quelle aventure cette idée de spectacle! Chaque jour nous apporte de nouvelles surprises.»
Cannelle prend les devants afin d’éviter que des lapins rêvant d’exploits et de parades commencent à s’énerver.
D’un hochement de tête, elle signale:
«Oui, la préparation de ce spectacle ça nous fait un bel été mais, comme presque tout est prêt, ne nous précipitons pas.»
Ha! Ce n’est pas avec ce beau discours que vous allez convaincre les mordus de la fête!
Cashew et Caramel se regardent en ayant l’air de dire ‘cause toujours ma lapine’. Dare-dare ils tournent sur leurs pattes et font la course jusqu’à la pente afin de peaufiner leur descente à deux sur la planche.
L’autre mordue, Pastille, incite Nougat par petites poussées à retourner au bord de la rivière, là où ils ont laissé les cadres de leurs costumes.
Elle s’empresse d’expliquer :
«Pas que je veuille faire la parade demain mais ne penses-tu pas que les liens des armatures risquent de se désagréger en étant trop longtemps dans l’eau?»
La mine de Nougat signale qu’elle n’a pas tort.
Stimulée, Pastille poursuit avec son idée (tout en essayant de rester calme) :
«En utilisant une petite pente près de la rivière, Praline, Cannelle et moi pensons avoir trouvé comment parader de façon élégante même avec nos grandes pattes.»
Une idée?! Nougat est toujours intéressé.
«Bon plan, répond-il. Montrez-moi de quelle manière vous vous y prenez. Si nécessaire nous ferons des modifications aux cadres.»
Pressés par Pastille, en un rien de temps tous les paradeurs sont à pied d’œuvre.
Nougat s’installe au bas de la pente afin d’observer l’approche des lapines.
Praline s’avance. Elle prend l’inclinaison en oblique puis, tourne sur une patte dans l’autre direction en zigzaguant ainsi jusqu’au sommet. Son corps légèrement penché garde quand même une posture assez droite qui mettra les costumes à leur avantage.
L’ingénieux trace des lignes sur le sol tout en réfléchissant. Finalement, il rassure ses coéquipières :
«Rien de bien compliqué à modifier. On pourrait peut-être même terminer avant le soir.»
Sans chercher à commenter plus longtemps, Pastille – tout excitée – entre dans la rivière chercher le cadre de son costume. Délicatement avec l’aide de Cannelle elle le monte sur la rive.
Nougat courbe l’armature autour des épaules de la paradeuse et, avec une nouvelle baguette, il allonge quelque peu l’arrière de l’échafaudage.
Ses oreilles signalent :
Hum! Oui…Oui, c’est ça. Parfait!
Une fois les ajustements à faire bien compris, sans perdre une minute, tous les paradeurs s’activent d’un costume à l’autre et, ouf! enfin! avant le soir, tel qu’espéré, tous les cadres sont terminés, alignés comme il faut près de la petite pente.
Et là, soudainement, une cacophonie de bruits provenant du champ un peu plus haut les fait tous sursauter.
Est-ce un signal de danger? Les paradeurs dressent les oreilles, le poil nerveux. Doivent-ils courir aider les autres ou se terrer pour se protéger?
Par réflexe, ils se ruent en direction du bruit. Monsieur Bonbon, leur père, leur a répété et répété que le nombre est la meilleure défense.
Essoufflés, le poil hérissé ils surprennent le reste de la fratrie à tapocher avec entrain sur la grosse ferraille et des boîtes de métal.
«Quoi! Quoi! Qu’est-ce qui vous prend de nous alerter comme ça se choque Cannelle?»
«Quoi! Quoi! Répondent les tapocheurs. Qu’est-ce que vous avez à vous énerver comme ça?»
Tous les paradeurs incluant Nougat sont au bord de la crise de nerf. Ces bruits tellement inusités mêlés au sentiment de danger, vraiment il y a de quoi s’écrier Quoi! Quoi?
Il faut les efforts combinés de Jujube, de Réglisse et de Guimauve pour qu’ils se calment un peu. On s’excuse à qui mieux-mieux, mais comment leur faire oublier une telle frousse? Comment leur faire partager le plaisir que le reste de la fratrie a à essayer des bruits? À reproduire presque le rythme des geais bleus quand ils criaillent? Et celui des écureuils quand ils se fâchent?
Distraitement, Guimauve passe une broche de métal sur des morceaux de verre, ce qui produit un espèce de ding-ding. Les oreilles de Praline se dressent. Le bruit est délicat. Il lui fait penser aux fleurs qui vont orner son costume.
Elle attire l’attention de Praline.
«Écoute… Imagine ce bruit quand je vais monter la pente…»
Cannelle et Nougat tendent aussi l’oreille. C’est vrai, ce bruit est beaucoup mieux que les BOUM-BOUM pour nos costumes, même si BOUM-BOUM c’est bien pour celui de Nougat…
En un rien de temps, l’atmosphère se détend. Toute la fratrie se réunit autour des pièces à percussion afin de chercher des combinaisons intéressantes.
Aujourd’hui, une ‘ autre journée pleine de rebondissements qui se terminera doucement en beauté.
Demain, peut-être, ils installeront le perchoir et les treillis.
Bientôt LE spectacle.

À SUIVRE
Prochain chapitre LE SPECTACLE