Tôt, tôt au matin, alors que les oiseaux commencent à peine à célébrer le lever du soleil, toute la fratrie s’active à grappiller dans les bosquets près du terrier.
Après une excellente nuit de sommeil, bien différente de la précédente, comme ils se plaisent à le dire, chacun est impatient de faire avancer sa partie du spectacle.
On voit Guimauve secouer les oreilles et taper de la patte en mâchonnant distraitement de la luzerne, scandant probablement des rythmes qui ont dû lui venir durant la nuit.
Praline pour sa part a une drôle de manière de se déplacer. Elle se tortille d’un pied à l’autre. Pastille s’inquiète :
«As-tu pris une épine dans une patte dans ces fourrés?»
«Non, non – elle signale – j’essaie juste de trouver une manière élégante de monter la pente.»

En observant leur échange, Cannelle recommande de trouver plus tard la solution :
«Pour le moment, dépêchons-nous de rejoindre Nougat. Je le vois au bord de la rivière à tirer les cadres mis à flotter dans l’eau la veille.»
Alors que les autres habitants de la prairie émergent à peine de leur propre terrier, la famille Bonbon s’active déjà énergiquement.
Les planchistes se font la course en direction du talus, impatients de pratiquer leurs acrobaties.
Guimauve se remet à la fabrication des treillis tout en continuant de secouer les oreilles.
Les paradeuses, elles, sautillent avec entrain jusqu’à la rive, pressées de terminer l’armature de leurs costumes et de passer à la parade.
Le bois des cadres a atteint le niveau de souplesse que Nougat espérait. Pour ne pas perdre cette souplesse, il suggère de sortir une armature à la fois et de la compléter avant d’en tirer une autre de l’eau.
Pastille étant l’instigatrice du projet on commence par son montage. Cette dernière s’énerve déjà. Certaines attaches se sont défaites. Cuiiic! tout risque de s’effondrer. Nougat, tout aussi énervé, tasse les lapines et se charge des réparations.
Ça commence bien, pense-t-il.
Les deux bras sur les hanches il signale aux lapines :
«Calmons-nous, autrement nous risquons de causer d’autres dommages. C’est bien normal que des liens se soient défaits dans l’eau. Mieux vaut maintenant que demain durant la parade, non?»
Afin de donner l’exemple, il prend lui-même une grande respiration et ré-examine plus calmement chaque attache du cadre de Pastille.
Cette dernière suit attentivement son regard en évitant de faire un geste d’oreille ou de patte qui révélerait son anxiété. Finalement elle aussi se détend en constatant où les liens sont faibles et pourquoi. Nougat a raison, ce n’est pas magique, il faut juste comprendre.
À son tour de signaler :
«Les liens là, là et là sont faibles. Je vais les consolider avec Cannelle si cela ne la dérange pas. Pendant ce temps tu pourras vérifier les autres montages et nous avancerons plus vite n’est-ce pas?»
Ouf! Les paradeurs ainsi calmés, la journée devrait bien se dérouler.
Tous s’occupent à resserrer les liens des cadres et à les remettre à l’eau.
Chacun satisfait de l’état de son armature, on peut ENFIN passer à la deuxième étape imaginée par Nougat, c’est-à-dire mouler les structures autour de leur paradeur respectif.
Cannelle s’empresse d’aider à placer le montage de Pastille sur son dos. Celle-ci, bien que suprêmement excitée, ne bouge pas un poil.
Nougat resserre les deux montants en avant près du cou avec un long brin de lierre tel qu’il l’avait montré avec ses griffitis dans le terrier.
«Hum! murmure-t-il, il manque une branche ici pour que l’armature tienne solidement mais essayons quand même le tissu, afin de voir si cela donne le résultat attendu.»
Une fois la cape installée à sa satisfaction, et un brin de lierre – feuillu cette fois – enroulé en garniture, celui-ci rejoint Cannelle et Praline. Tous les trois reculent et observent l’effet. Ils penchent la tête d’un côté, puis de l’autre. Nougat d’un bout de griffe tire le tissu ici et là. Avance, recule, replace…

Pastille ne peut retenir ses oreilles de frémir. Ô qu’elle aimerait se voir. Heureusement la mine étonnée de ses équipiers lui communique qu’elle n’a vraiment pas l’air ordinaire.
Finalement, Praline ne peut s’empêcher de sautiller de plaisir. Cannelle et Nougat hochent des oreilles en signalant :
«Oui! Oui! Tu vas surprendre avec ton costume. Quelle idée tu as eue.»
Pastille exaltée se dresse encore plus sur ses pattes. Oh la la, l’armature bouge. Elle se fige de peur de briser quelque chose. Nougat se précipite et examine de près sa création.
Il finit par les rassurer :
«Pas de mal. Finalement un bon test, car n’oublions pas qu’il est prévu de sauter du talus avec les costumes. La branche additionnelle, juste là, va aider. En fin de journée nous doublerons les liens à chaque croisement avant de faire sécher les armatures dans la forme souhaitée.»
Pastille soulagée retombe sur ses pattes, re oh la la , l’armature lui monte dans le cou. Bon quoi encore!
Nougat lâche pour se calmer et calmer les lapines :
«Mieux vaut maintenant que demain.»
Il se repenche sur le costume :
«Hum! Oui! La hauteur pose problème.»
Cannelle qui observe l’opération silencieusement depuis le début finit par rappeler la difficulté qu’ils ont tous de monter avec leurs grosses pattes.
«Avant d’aller plus loin peut-être devrions-nous trouver d’abord comment monter le talus. Il faudra possiblement couper les cadres car nous ne pouvons pas toujours nous tenir sur la pointe des pattes comme Pastille tout à l’heure.»
Le commentaire est tellement pertinent que sans discuter les paradeurs re-sécurisent les armatures dans l’eau et stockent d’autres branches à tremper au cas où ils en auraient besoin.
En route vers le talus, ils croisent Guimauve toujours occupée aux treillis. Celle-ci leur signale un peu stressée qu’elle désire de l’aide afin de terminer à temps pour le spectacle.
«Pas le temps – lui répond Pastille vivement – nous avons un problème avec nos costumes.»
De loin, les paradeurs voient les planchistes s’agiter avec énergie autour de la pente. Caramel est à effectuer sa culbute alors que Réglisse est déjà en haut à attendre son tour.
Cannelle comprend rapidement que ce ne sera pas facile d’obtenir du temps de pente.
Pastille toute à son idée, déboule dans la zone d’atterrissage sans ménagement et déclare :
«Nous avons besoin d’utiliser la pente. Allez faire une pause un petit moment.»
Les planchistes évidemment se hérissent et la regarde en ayant l’air de dire :
«C’est quoi ton problème?»
Au tour de Pastille de se hérisser. Si cela continue ainsi, ça va mal tourner.
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ÇA VA BIEN ALLER